Les Jeudis de la Laïcité

 

C'était le 18 décembre 2018

le Réseau RERS® a reçu le prix d'honneur de la Laïcité décerné par la Ville d'Evry.

 

 

Les Jeudis de la Laïcité :

 

En nous appuyant sur l’article 1 de la charte des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs® : “Les RERS®, groupes d’Education Populaire, sont constitués de citoyen(nes), sans distinctions d’âge, de conviction politique ou religieuse ni d’origine culturelle ou sociale.”

Nous nous retrouvons chaque premier jeudi du mois au local Les Pyramides pour des échanges autour de la laïcité.

Le respect et la liberté absolue de conscience est naturel au Réseau, cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant !

 

7 mars 2019 : Sectes et laïcité avec l’UNADFI

4 avril 2019 : Histoire des Concordats en France et dans les Départements et Territoires d’Outre- Mer.

 

 

Un grand échange sur la Laïcité avec Eddy KHALDI

 

ABC de la laïcité

Le jeudi 6 décembre, un débat sur la laïcité a eu lieu aux Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs® dans le local Les Pyramides au 108, place Salvador Allende. Des membres du RERS® offreurs et demandeurs de savoirs et des membres du Conseil de Quartier assistaient à cet échange.

Cette soirée a été initiée par monsieur Eddy KHALDI, délégué départemental de l’Education Nationale et auteur de “L’ABC de la Laïcité”, à partir de la présentation d’une vidéo pour introduire le sujet, et qui en montrant des interprétations diverses et antinomiques permet d’éviter les commentaires précipités.

Nous avons ainsi pu voir que la laïcité est le principe juridique garant de la liberté absolue de conscience et de la neutralité des institutions. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, de pratiquer sa religion, ou d’en changer, en toute liberté : nous sommes des citoyens libres et égaux en droits. Par sa Constitution, la République est “indivisible, laïque, démocratique et sociale”, elle “assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances”.

La liberté de conscience est fondée sur l'autonomie de jugement.  La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 proclame que “toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites”.

 En conséquence la laïcité ne s’oppose pas à quelque religion que ce soit, elle interdit même à l’Etat d’imposer sa conception des religions ; puisqu’il y a séparation, il n’y a pas de liens entre l’Etat et les religions. C’est ce qui assure la reconnaissance de l’égalité de tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances ou non-croyances.

Citons pour mémoire les deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905 :

Article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence […] seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.”

La République est neutre pour ce qui concerne les convictions de chacun, ce qui permet par exemple à l’école de donner la liberté d’accès à toutes les connaissances, pour tous les élèves : la laïcité est la pierre angulaire de l’éducation et de l’instruction en respectant la liberté de conscience de chaque citoyen en devenir. Elle est un principe d’organisation de la vie en société, assurant la vie commune pacifiée quelles que soient les croyances, les convictions ou les opinions religieuses. Nous fêtons son 113 ème anniversaire cette année.

  1. Eddy KHALDI continue en nous rappelant que la laïcité ne s’est pas construite en un jour.  Il y a eu plusieurs périodes historiques permettant son développement.
  • Le 26 août 1789: la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen fait apparaitre de nouvelles notions juridiques et politiques, qui deviendront les fondations du modèle républicain français.

Parmi elles :

  • L'égalité des droits entre les citoyens ;
  • La reconnaissance des libertés de chacun (liberté d'aller et venir, liberté de pensée, liberté d'expression, etc.) ;
  • La souveraineté de la Nation ;
  • La loi, expression de la “volonté générale” et clé de voûte du système des Droits de l’Homme ;
  • La séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) ; etc.

Le mot laïcité avait déjà à l’époque de la Révolution française le sens de dissocier le religieux du politique.

  • En 1792 : création de l’Etat-civil dans les mairies. La naissance et la mort ne sont plus de la responsabilité des paroisses mais de la puissance publique. Autorisation du divorce (remis en question en 1810, restauré en 1884). Les mariages, qui étaient jusqu’alors également tenus par les paroisses catholiques sont maintenant sous la responsabilité de la puissance publique, pour éviter l’immixtion du religieux et de ses règles dans le politique. Les registres ont été transférés dans les communes, les mariages civils et religieux sont dissociés.
  • En 1801, retour du Concordat. Napoléon décrète que le catholicisme est la religion de la majorité des français et lui donne des moyens financiers en échange de contrôles (comme d’ailleurs actuellement en Moselle et dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin). Trois cultes en France étaient alors reconnus : catholique, protestant et juif ; mais il y a plusieurs courants dans chacun d’eux, et il existe plusieurs dizaines de religions, et c’est difficile de les définir …
  • En 1850, la loi Falloux rend l’enseignement religieux obligatoire. Les tenants du parti clérical revendiquent « Dieu dans l’éducation, le pape à la tête de l’Église, l’Église à la tête des civilisations ». Cette loi autorise l’enseignement catholique et permet aux instances catholiques d’influer sur les programmes. Il aura fallu attendre l’année 2000 pour qu’elle soit abrogée (à l’exception toutefois de certains articles qui demeurent encore dans le code de l’éducation et concernent les modalités de l’enseignement privé…). Les athées, les agnostiques, les indifférents, les a-dogmatiques, les libres penseurs n’étaient pas représentés dans ces dispositions : c’est une source d’inégalités, la République n’était pas “une”, pas “indivisible” !
  • Entre 1881 et 1882, sous la Troisième République, les lois Jules Ferry rendent l'école obligatoire, gratuite et laïque. Elles suppriment la tutelle religieuse, et instaurent l’instruction morale et civique. Elles séparent l’école de l’église et instaurent l’égalité dans l’éducation : en préservant l’école de tout dogme elles permettent de former des citoyens libres et autonomes, qui vont pouvoir former eux-mêmes leur liberté de conscience.

Soit dit en passant, revendiquer la liberté d’enseignement devrait avoir comme conséquence pour les écoles privées de ne pas demander de financements à la puissance publique, et devrait pousser à abroger la loi Debré de 1959 (qui porte sur la question des modalités de l’aide publique à l’enseignement privé, financièrement intéressante pour lui et sans avoir comme contrepartie un contrôle strict de l’État).

  • En 1886, la loi Goblet prolonge les lois Ferry et déclare que l’enseignement dans les écoles publiques doit être assuré par un personnel exclusivement laïque. La laïcité n’est pas de l’anti-religion, ce n’est pas une conviction, c’est le droit d’en avoir une, quelle qu’elle soit. C’est un principe politique.
  • La Séparation des Eglises et de l’Etat est proclamée en 1905. La République assure la liberté de conscience, garantit la liberté d’exercer des cultes ; l’état et les institutions sont neutres, et chaque religion est libre de ses pratiques à condition de respecter l’ordre public.

C’est une loi de sécurité publique ; tant que la foi ne prétend pas imposer sa loi, la loi de 1905 (art. 2) garantit toutes les convictions. C’est la liberté de conscience qui doit garantir la liberté religieuse et non l’inverse, ce n‘est pas la liberté religieuse qui doit garantir la liberté de conscience, car alors les citoyens ne seraient pas égaux en droits. Le principe juridique sera inscrit plus tard dans la Constitution.

  • En 1946, le principe de laïcité est reconnu dans la Constitution de la Vème République.       

 

 

                         

Quelques questions :

La laïcité est-elle un instrument de critique des religions ?

Les religions sont critiquables si, et seulement si, elles ne respectent pas les lois de la République et portent atteintes aux libertés. On n’a pas à les juger par rapports à leurs textes. Par exemple, pour ce qui concerne la place de la femme dans une religion ou dans une autre, si dans la vie civile les religieux respectent l’égalité, il n’y a rien à redire. Et de toute façon ce n’est pas la loi de 1905 qui est alors en cause mais les lois concernant les libertés individuelles.

La laïcité est un ciment de la société. Comment la faire respecter ?

Un élu ne doit pas s’adresser à des groupes de pression mais à des citoyens (article 2). Les élus et les agents de la fonction   publique doivent être neutres puisqu’ils représentent l’ensemble des citoyens. Il faut veiller à la non-communautarisation de l’espace scolaire. Pour ce qui concerne les médecins à l’hôpital, n’étant pas des fonctionnaires, ils peuvent revendiquer des “clauses de conscience” (sauf s’ils sont médecins scolaires).

L’école étant obligatoire, chaque enfant doit avoir la liberté de se construire sans être formaté par tel ou tel dogme, cela implique la nécessité de développer l’esprit critique.

Les droits de l’enfant sont indissociables de la laïcité.

Pourquoi les discriminations sociales font-elles douter de l’efficacité de la laïcité ?

 

Tout en remarquant l’erreur de la “discrimination positive”, il faut éviter d’instrumentaliser la religion. Tant que l’égalité des droits n’est pas réalisée, il existe des clivages dans la société. Le séparatisme est dangereux, et les discriminations identitaires recouvrent des thématiques politiques.

Les diversités sont multiples, mais on n’a pas à trier : si l’état est laïque parce que neutre, la société, elle, n’est pas laïque puisqu’elle est fondée sur la liberté de pensée, de conscience et de religion des citoyens.

Quelle est actuellement la place des institutions religieuses dans l’éducation ?

Nous avons l’exemple des jours de congés, où ce sont des fêtes religieuses qui rythment le calendrier. C’est un héritage historique, mais il faut absolument veiller à ne pas exclure tel ou tel. En tout état de cause les religions ne sont pas contraintes, dans le respect de l’ordre et de la sécurité publics. Il faut démultiplier les débats sur différents lieux. L’interculturel n’est pas le pluriculturel, il faut lutter contre le communautarisme.